Les sourciers

L’image est connue : un homme avance lentement dans un pré, une baguette en bois en forme de fourche tenue à l’horizontal, le regard concentré. Soudain, l’outil s’abaisse ou se redresse brusquement. Le sourcier vient de détecter une source d’eau enfouie sous ses pieds.

Comment font-ils pour « sentir l’eau » ? Personne n’a d’explication rationnelle. Certains évoquent une connexion avec des flux telluriques, d’autres une sensibilité aux champs électromagnétiques. Les sourciers eux-mêmes n’ont pas la réponse. Ils disent simplement éprouver un ressenti physique : picotements dans les mains ou les pieds, sensation de chaleur, vibrations, voire petites décharges électriques. Pour eux, la baguette ne fait que révéler un mouvement musculaire inconscient déclenché par la proximité de l’eau.

Cette sensibilité serait innée. Ils auraient un « don », comme on peut en avoir pour la musique, la peinture, tel ou tel sport… Certains le découvrent dès l’enfance, souvent au contact d’un sourcier plus âgé ; d’autres en prennent conscience plus tardivement.

Pour devenir efficace, cette prédisposition doit se travailler, comme un musicien affine sa technique en faisant des gammes. Avec l’expérience, le sourcier apprend à éviter les pièges du terrain : une source tarie ou un sol argileux gorgé d’eau boueuse peuvent par exemple tromper la perception.

La recherche d’une source impose une grande concentration : faire le vide dans son esprit, écarter les pensées parasites, se mettre en état de calme absolu. Les outils varient selon les praticiens — pendule, baguette de noisetier, baguettes coudées en laiton — mais l’effort décrit est le même : un épuisement intense après chaque séance, comme si la terre absorbait leur énergie.

Plus étonnant : certains sourciers sont capables de travailler à distance, uniquement à partir d’un plan. En posant un pendule au-dessus d’une carte papier ou d’un plan cadastral consulté sur une tablette, ils disent pouvoir détecter la présence d’eau, avant de se déplacer sur place si besoin pour confirmer.

Les sourciers ne nient pas le caractère irrationnel de leur pratique. Ils s’accommodent des critiques, des doutes, et parfois des accusations de charlatanisme, sans chercher à convaincre ceux qui n’y croient pas. Pour les plus sceptiques, il existe une alternative technologique : des détecteurs d’eau souterraine, simples d’utilisation, qui mesurent la résistance électrique du sol pour repérer d’éventuelles nappes phréatiques.

Un regain d’activité

Chercher de l’eau est une pratique vieille comme le monde. Mais elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, en raison du réchauffement climatique et des sécheresses à répétition. L’eau, longtemps perçue comme une ressource inépuisable, se raréfie. Face aux pénuries, restrictions, hausse des prix, particuliers, agriculteurs et communes se tournent de plus en plus vers des chercheurs d’eau.

Leur mission n’est pas de trouver de l’eau stricto sensu, mais de trouver « la bonne eau », c’est-à-dire correspondant aux besoins. Les cas de figure sont multiples : irriguer un champ ou un potager, installer une pompe à chaleur, creuser une piscine, repérer des fuites ou des infiltrations…

Les sourciers sont conscients de leur responsabilité : ils préviennent leurs clients si la source est trop faible afin d’éviter des frais de forage inutiles, rappellent l’obligation de déclarer tout forage en mairie, et reconnaissent une marge d’erreur possible dans leur pratique. La rémunération (150 à 200 euros) n’est pas leur motivation principale — beaucoup exercent un autre métier en parallèle. L’important pour eux est de rendre service grâce au don qui leur a été donné. Leur satisfaction est d’autant plus grande dans les cas extrêmes, en particulier pour les agriculteurs dont les exploitations sont menacées par le manque d’eau.

À noter que l’un des « pères » de la sourcellerie moderne était un Haut-Savoyard : le prêtre Alexis Mermet, natif des Ollières (1866-1937). Il s’est fait connaître en 1913 lors d’un concours de sourciers à Paris (ce genre de choses existait !). Les scientifiques furent impressionnés par ses résultats. En 1932, il publie Comment j’opère pour découvrir les sources et tous autres objets cachés de près ou de loin, un ouvrage devenu une référence du genre.

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