« Les actualités d’aujourd’hui, c’est l’histoire de demain »
La formule est de l’écrivain Raymond Queneau et elle pourrait figurer en exergue de ce hors-série de l’Almanach Savoyard.
Ouvrez la première page de l’Almanach. Dans le texte de présentation du sommaire, il y est indiqué qu’il contient « les faits les plus importants de l’année écoulée en Pays de Savoie ». Ces « faits les plus importants » sont présentés dans la rubrique intitulée les « Nouvelles de l’Année », qui condensent des principaux évènements survenus en Savoie et en Haute-Savoie. Cette rubrique, Émile Rosset, le fondateur de l’Almanach, en a eu l’idée dès le premier numéro paru en 1945. Sans doute ne songeait-il pas alors de son intérêt historique à long terme : vu les innombrables difficultés pour faire paraître un nouveau titre de presse à cette époque, entre pénurie de papiers et manque de moyens financiers, il était surtout préoccupé de pouvoir sortir un second numéro ! Ce que notre obstiné apprenti éditeur est parvenu à réaliser (non sans mal au début). L’Almanach Savoyard a ainsi fait son chemin, offrant à ces lecteurs de plus en plus nombreux de découvrir à chaque nouvelle livraison « les faits les plus importants de l’année écoulée. »
L’actualité d’hier, l’histoire d’aujourd’hui
Grâce à quoi, ce hors-série présente un demi-siècle de « Nouvelles de l’Année » parues dans l’Almanach de 1945 à 1994. Une plongée dans les petits et les grands évènements de la vie locale, l’actualité politique, les disparitions, les faits divers, les catastrophes naturelles (avalanches, crues, éboulements), les aléas climatiques, les drames, les foires et les fêtes, les inaugurations…
Parce qu’elles sont le reflet d’une époque, ces actualités d’hier sont l’histoire d’aujourd’hui. Ces archives constituent en effet un formidable matériau ethnographique pour saisir ce qui était le quotidien de nos deux départements et les préoccupations des contemporains.
Ces cinquante années d’actualité permettent de suivre la métamorphose de nos Pays de Savoie, de l’immédiat après-guerre à la fin du XXe siècle. En 1945, ils sont une terre essentiellement rurale et agricole, les stigmates du conflit sont encore présents. Il y est question de problèmes de ravitaillement (les tickets de rationnement ont encore cours), de retour des prisonniers et déportés, d’inaugurations de monuments à la Résistance. Les familles nombreuses reçoivent des prix en argent (« Thonon. 6000 francs à la famille Pralong, 8 enfants », en janvier 1946). Les foires agricoles sont pleines à craquer (« La Roche-sur-Foron. La foire chaude a eu un gros succès. 2 000 têtes de bétail », en septembre 1946). Une large place est donnée à l’actualité religieuse, car la foi anime profondément les populations (« Chambéry. Mgr Garonne, supérieur du Grand Séminaire, est nommée coadjuteur du Cardinal Salièges de Toulouse », en juin 47).
Mais déjà, la modernité pointe son nez. En janvier 47, à Beaufort, « le village de Roselend est menacé de disparaître par la création d’un lac artificiel de 50 millions de mètres cubes d’eau. » (spoiler : il disparaîtra bel et bien…) En mai de la même année, Bonneville accueille « une importante réunion pour l’étude du tunnel du Mont-Blanc ». En septembre 49, « les premiers essais de télévision sont expérimentés au Salève. »
« Cinquante ans de Nouvelles de l’Année » offre une fresque vivante où chaque fait d’actualité éclaire notre histoire régionale. Un ouvrage de mémoire, à la fois document historique et chronique vivante, pour comprendre d’où nous venons et mesurer le chemin parcouru.








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