La grande famille de l’Almanach Savoyard
Chaque année, la famille Rosset avec ses collaborateurs sillonnent les pays de Savoie, à l’écoute des petites grandes histoires qui donnent toute sa valeur à cette publication unique en son genre, qu’est L’Almanach Savoyard.
Dans la famille Rosset. Il y a d’abord eu Émile. Un fils d’agriculteurs de Pers-Jussy, devenu journaliste et colporteur des temps modernes. C’est lui qui crée L’Almanach du Vieux Savoyard au lendemain de la guerre. Gonflé le garçon ! La France rêve de boire du coca, de fumer des cigarettes américaines et de s’habiller comme une star d’Hollywood, pressé d’oublier la pipe et le velours côtelé. Pourtant, Émile croit dur comme fer, à son almanach bon marché avec les dates des foires et les recettes du pays, les dictons, les traditions de montagne.
Lance-toi, tu me payeras quand tu pourras, insiste l’imprimeur annécien Clément Gardet qui avance les frais du premier numéro. L’Almanach sera un succès. Il va ignorer les bouleversements et les crises de la presse, de l’édition jusqu’à fêter son 80ème anniversaire avec 100 000 exemplaires imprimés pour ce numéro spécial.
Dans la famille Rosset, il y a aujourd’hui Michel Rosset aussi à l’aise avec son iPhone, sa boîte mail et son compte Facebook que dans une maison des Aravis ou de Maurienne pour une tournée de centenaires. Un des rendez-vous attendu et apprécié des lecteurs. Je suis l’homme qui a rencontré le plus de centenaires en France avec près de 25 portraits chaque année, raconte Michel Rosset. Son expérience intéresse beaucoup les chercheurs de l’Institut Français de la Longévité.
Patient il s’est gagné la confiance des personnes rencontrées pour recueillir l’anecdote insolite ou le souvenir, comme cette femme qui pour gagner 3 sous ramassait des bouquets de cyclamens qui partaient par train de nuit à Paris. Une époque où Raymonde apprenait qu’il fallait ramasser propre son assiette. Pas besoin d’expliquer 2 fois la petite fille de Longefoy en Tarentaise qu’il ne fallait pas laisser une miette de son repas !
Savez-vous qu’il neigera la Sainte Agnès le 21 janvier prochain. L’Almanach le sait ! Il peut même jouer les météorologues pour les 12 mois à venir. Les dictons, les proverbes règlent le cours des saisons entre deux conseils pour soigner son rucher et son jardin.
À quoi tient son succès ? Nous sommes indémodables parce que nous ne cherchons pas à être à la mode, réponds Michel Rosset si fier d’avoir appris le métier avec son grand-père. Pendant les vacances je l’accompagnais pour les livraisons les reportages. J’y repense souvent quand je m’arrête en route pour voir récolter les pommes par exemple, ou écouter des gens qui parlent encore patois. Et nos lecteurs sont les premiers à nous envoyer des idées reportage.
Michel Rosset est un homme d’aujourd’hui qui n’oublie pas d’où il vient. Sans nostalgie, il sait le prix accordé aux traditions dans un monde qui s’accélère. Le fruit d’un travail de terrain. Si Émile parcourait les vallées à moto, des almanachs, plein les sacoches, Michel a hérité de son appétit de capter la mémoire des Alpes, au volant de sa voiture. Au contact direct des témoins de la petite histoire que l’on ne trouve pas dans les manuels.
Seule concession de modernité le nom. Le mot vieux a disparu, mais L’Almanach Savoyard a conservé sa couverture rétro dessin en noir et blanc. Même recette appliquée à L’Almanach Dauphinois lancé en 1967.
À quand la version numérique ! Avec le numérique, il y a une course à l’échalote. Il faut être bref rapide et condensé. Alors que dans l’almanach, ce sont des articles avec analyse et du temps que l’on prend pour expliquer, comprendre. Avec le numérique, il faut qu’en 3 minutes tout soit dit. Notre idée est de rester et de se cantonner au papier. C’est un ouvrage annuel que l’on garde près de soi, qu’on met sur la table basse et qu’on peut picorer et feuilleter tout au long de l’année. Il est devenu un véritable objet de décoration que l’on conserve, et qui n’est pas une consommation éphémère et futile
L’Almanach Savoyard nous accompagne toute l’année, en Pays de Savoie, comme dans le monde entier. Vous le trouverez chez Claude un Évianais expatrié à Hong Kong ou à l’Association des Savoyards de Dubaï. Nous en expédions sur les cinq continents. Pas de quoi à faire tourner donner la tête. Émile nous a appris à rester à notre place témoigne Michel, entouré de son oncle Georges Rosset qui illustre les articles de ces dessins.
L’almanach reste une affaire de famille qui cultive la discrétion. La famille Rosset préférant s’effacer derrière l’image du personnage le Vieux savoyard, ce journaliste-colporteur qui n’a pas pris une ride.
J. Leleu
Légende photo :
- Michel Rosset avec son grand-père Émile Rosset, en 1991 / Collection Famille Rosset