Le Peugeot 103 : roulez jeunesse ! 

La mobylette iconique des années 70 et 80 a incarné le Born to Be Wild à la française…

Prenez un quinquagénaire et dites « 103 ». L’effet est immédiat : il plonge pleins gaz dans son adolescence et en remonte un plein réservoir d’anecdotes sur sa mob’, sa brèle, sa meule, sa bécane, son brélon, son 50, son pétaret. Autant de p’tits noms affectueux pour désigner l’idole pétaradante de toute une génération : le mythique Peugeot 103

En 1971, la marque au lion présente son nouveau cyclomoteur, successeur du 102. Un moteur 2 temps de 49,1 cm3, une puissance d’1,9 CV, roues à rayons, démarrage en quelques coups de pédales. L’acheter, c’est l’adopter. Seule condition requise : avoir 14 ans minimum. Pour le reste, la Sécurité Routière étant alors un concept abstrait, le port du casque n’est pas obligatoire (il le sera en 1975), et personne n’a encore eu l’idée d’inventer le BSR (Brevet de Sécurité Routière). Le succès est foudroyant. En trois ans à peine, 550.000 exemplaires trouvent preneurs. La folie du 103 ne se démentit pas pendant presque deux décennies, au gré des nouvelles versions – 103 SP, SPX, Indiana, Turbo, Vogue… et des améliorations techniques (démarrage au kick, refroidissement liquide…). La concurrence du scooter ou des motos 50 cm3 amorcera son lent déclin. La fabrication dans l’usine de Peugeot Montbéliard a été définitivement arrêtée en 2006. Elle s’est poursuivie dix ans de plus dans les usines du groupe installées en Chine et au Maroc pour le marché local. Avec plus de trois millions d’unités écoulées en presque cinq décennies, le 103 est à ce jour le motocycle deux-temps le plus vendu au monde !

À nous la liberté

« C’est simple, tous les jeunes voulaient avoir leur brèle », résume Antony, 57 ans. Comme lui, beaucoup d’ados lui ont consacré leur premier salaire. « J’ai travaillé tout l’été de mes 14 ans chez un boulanger pour me la payer. Un 103 premier modèle, couleur bleue, achetée d’occasion 1500 francs. Elle m’a accompagnée jusqu’à mes 18 ans, puis je l’ai donnée à mon frère. » Chevauchant ce fidèle destrier, la jeunesse aux cheveux plus ou moins longs a pu expérimenter l’ivresse d’être un Easy Rider à la sauce hexagonale. Certes, une mob’ lancée à 45 km/h (pour les modèles débridés…) sur une départementale de campagne, c’est moins sexy qu’une Harley-Davidson filant sur les chapeaux de (deux) roues sur la route 66. Certes, Born to Be Wild, de Steppenwolf, c’est plus rock que Je suis une bande de jeunes, la chanson de Renaud sortie en 1977 (1) : « Quand j’me balade en mobylette,/ On dirait l’équipée sauvage,/ Quinze décibels c’est la tempête/ Dans tout le voisinage. » ! Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse : celles du vent fouettant le visage et de l’odeur du mélange 2 temps ; celle, surtout, de la liberté ! Sur ce point, tous les pratiquants ayant communié sur l’autel du 103 sont unanimes : « La meule, c’était synonyme d’indépendance ! » Un sentiment partagé par les adeptes de la religion rivale de la Motobécane MBK. Plus besoin de solliciter les parents, de prendre le bus, de faire du stop ; remisé, le vélo. Rustique et increvable, la brèle vous emmenait partout. Au lycée, au foot, à la vogue, en soirée, au bal, chez les copains, chez la copine ou simplement pour des virées dans la campagne ou des courses improvisées. Le 103 SP de Sylvain, lycéen à Chambéry, a peiné plus d’un samedi soir sur les lacets du Revard pour le conduire en boîte à La Féclaz : « La redescente, même si je n’étais pas très frais, c’était manettes à fond et compteur au rupteur ! » Certains sont allés bien plus loin. Demandez à Lionel, qui a roulé d’une traite de Gruffy… à un village du plateau ardéchois pour retrouver sa petite amie ! « Parti à 5 heures du mat’, arrivé à 23 heures. Un moment, je me suis endormi au guidon et terminé dans un champ, rigole-t-il. Heureusement, sans conséquences pour la machine et le pilote ! J’étais jeune, j’avais peur de rien. » Des anecdotes comme ça, on pourrait en multiplier à l’envi, sans parler des galères de panne, de vol, des trafics de pièces détachées… 

Beaucoup, cela dit, ne se contentaient pas de rouler. Les ados des années 2000 collent des stickers sur leur ordinateur et bidouillent ses entrailles pour augmenter sa puissance ? Leurs parents, eux, customisaient leur mob’, quand ils ne mettaient pas la main dans le cambouis pour débrider le moteur, « parce que, bon, les 45 km/h réglementaires, ça allait bien un moment. » Pascal, par exemple, a passé des journées entières dans le garage de la maison familiale d’Annecy pour enjoliver sa belle : changements du guidon, des poignées de freins, du phare. « J’avais même inscrit mon prénom sur le réservoir ! » Les mécaniciens en herbe la dotaient d’un nouveau pot d’échappement (ah, les fameux pots Polini !), remplaçaient les cylindres d’origine avec des « kits 50 cm3 » plus performants… Le marché de la pièce détachée était florissant. Une légende urbaine prétendait que percer le pot d’échappement procurait un surcroît de puissance. Sylvain se souvient avoir tenté l’expérience : « Je ne sais pas si j’allais plus vite, mais je sais que je réveillais tout Chambéry en pleine nuit, tellement ma bécane faisait un boucan de tous les diables ! » La maréchaussée veillait au grain et verbalisait les contrevenants trop bruyants ou filant à une vitesse anormalement élevée, mais, selon Pascal, « dans l’ensemble, les gendarmes étaient sympas avec nous. On avait droit à une petite amende et à un long sermon, et ils nous laissaient repartir. » 

Personnalisés à l’extrême, transformés en bête de course, rutilants de chrome, certains 103 au look extravagant n’avaient plus qu’un lointain rapport avec le modèle de base. Des revues spécialisées, comme MOB chop ou MOB Magazine, publiaient les meilleures photos de ces customisations de l’extrême. Pour qui y figurait, c’était la consécration ! 

 

(1) Elle figure sur son second album, Laisse béton, dont la couverture le représente assis sur une mobylette

Légende photo :

  • Pour l’adolescent, le 103 était synonyme d’indépendance dans les années 80 / Photo M. B.